lundi 25 juin 2018

mémoire







                       Mémoire ...

                       une phrase se penche 
                       glisse sur la ligne 

                       se cabre 
                       et se dérobe 

                       mémoire en fuite 
                       mémoire absente 
                       mémoire morte 
                       morte mémoire 

                       … … que je piétine 
                       … … pointe du pied










samedi 23 juin 2018

qui sont-ils ?





                                                   1                                        2                                   3




et le 4 trop mignon qui est-il ?





1 - Gustave Flaubert   (1821 – 1880)
 “L'auteur dans son œuvre doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part .”

 






2 - Guy de Maupassant   (1850 - 1893)
 “Une œuvre d'art n'est supérieure que si elle est, en même temps, un symbole et l'expression exacte d'une réalité".”
 

 




3 - Emile Zola   (1840 – 1902)
 “Une œuvre d'art est un coin de la création vu à travers un tempérament.”






4 - Jean Cocteau   (1889 – 1963)  
“Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi.”



 




 

vendredi 22 juin 2018

la mère est morte







La mère est morte
.
ne plus penser
ne plus rêver
il va
il vient

entre le rien
et le dedans
un point central
une rage de dents

le corps
une plaie     une douleur
une peur immense

la mère est morte

matrice
émoi
du cri premier

un jaillissement
une pluie d’étoiles
une femme
une grotte
flux et reflux
entre ses flancs

la mère est morte

il s’immerge
dans ses eaux claires
racine mère
au goût de sève

un grain de sel
un grain de peau
une étincelle
lumière
éteinte
un œil
pleure

une nuit de suie
une nuit blanche
griffe la chair
du silence

la mère est morte

une contraction
douleur au ventre
une nausée
et dans la grotte
ne plus bouger
ne plus penser
ne plus aimer

le cœur broyé

 … jurer

 … cracher

et puis se taire
pour oublier


recommencer


la mer l’emporte











jeudi 21 juin 2018

carnet 1







trouver une assise et s'asseoir 



petit carnet vert
95/80
du Moulin Richard de Bas







mercredi 20 juin 2018

" t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue "










La marche à l'amour. 

Tu as les yeux pers des champs de rosée Tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière La douceur du fond des brises au mois de mai Dans les accompagnements de ma vie en friche Avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif Moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches Moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir La tête en bas comme un bison dans son destin La blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou Pour la conjuration de mes manitous maléfiques Moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent Pour la réverbération de ta mort lointaine Avec cette tache errante de chevreuil que tu as Tu viendras toute ensoleillée d'existence La bouche envahie par la fraicheur des herbes Le corps muri par des jardins oubliés Où tes seins sont devenus des envoûtements Tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras Où tu changes comme les saisons Je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine A bouts de misère et à bout de démesures Je veux te faire aimer la vie notre vie t'aimer fou de racines à feuilles et grave De jour en jour à travers nuits et gués De moellons nos vertus silencieuses Je finirai bien par te rencontrer quelque part Bon dieu! Et contre tout ce qui me rend absent et douloureux Par le mince regard qui me reste au fond du froid J'affirme ô mon amour que tu existes Je corrige notre vie Nous n'irons plus mourir de langueur A des milles de distance dans nos rêves bourrasques Des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres Les épaules baignées de vols de mouettes Non J'irai te chercher nous vivrons sur la terre La détresse n'est pas incurable qui fait de moi Une épave de dérision, un ballon d'indécence Un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions profondes Frappe l'air et le feu de mes soifs Coule-moi dans tes mains de ciel de soie La tête la première pour ne plus revenir Si ce n'est pour remonter debout à ton flanc Nouveau venu de l'amour du monde Constelle-moi de ton corps de voie lactée Même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon Une sorte de marais, une espèce de rage noire Si je fus cabotin, concasseur de désespoir J'ai quand même idée farouche De t'aimer pour ta pureté De t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue Dans les giboulées d'étoiles de mon ciel L'éclair s'épanouit dans ma chair Je passe les poings durs au vent J'ai un cœur de mille-chevaux vapeur J'ai un cœur comme la flamme d'une chandelle Toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas La nuit de saule dans tes cheveux Un visage enneigé de hasards et de fruits Un regard entretenu de sources cachées Et mille chants d'insectes dans tes veines Et mille pluies de pétales dans tes caresses Tu es mon amour Ma clameur mon bramement Tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers Ma danse carrée des quatre coins d'horizon Le rouet des écheveaux de mon espoir Tu es ma réconciliation batailleuse Mon murmure de jours à mes cils d'abeille Mon eau bleue de fenêtre Dans les hauts vols de building Mon amour Des fontaines de haies de ronds-points de fleurs Tu es ma chance et mon encerclement A cause de toi Mon courage est un sapin toujours vert Et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme Tu es belle de tout l'avenir épargné D'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre Ouvre-moi tes bras que j'entre au port Et mon corps d'amoureux viendra rouler Sur les talus du mont Royal Original quand tu brames original Coule-moi dans ta plainte osseuse Fais-moi passer tout cabré tout empanaché Dans ton appel et ta détermination Montréal est grand comme un désordre universel Tu es assise quelque part avec l'ombre et ton cœur Ton regard vient luire sur le sommeil des colombes Fille dont le visage est ma route aux réverbère Quand je plonge dans les nuits de source Si jamais je te rencontre fille Après les femmes de la soif glacée Je pleurerai te consolerai De tes jours sans pluies et sans quenouilles Des circonstances de l'amour dénoué J'allumerai chez toi les phares de la douceur Nous nous reposerons dans la lumière De toutes les mers en fleurs de manne Puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang Tu seras heureuse fille heureuse D'être la femme que tu es dans mes bras Le monde entier sera changé en toi et moi La marche à l'amour s'ébruite en un voilier De pas voletant par les lacs de portage Mes absolus poings Ah violence de délices et d'aval J'aime Que j'aime Que tu t'avances Ma ravie Frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube Par ce temps profus d'épilobes en beauté Sur ces grèves où l'été Pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers Harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes Ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs Lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée Et qu'en tangage de moisson ourlée de brises Je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale Je roule en toi Tous les saguenays d'eau noire de ma vie Je fais naître en toi Les frénésies de frayères au fond du cœur d'outaouais Puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge Terre meuble de l'amour ton corps Se soulève en tiges pêle-mêle Je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi Avec la rumeur de mon âme dans tous les coins Je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang Haletant Harcelé de néant Et dynamité De petites apocalypses Les deux mains dans les furies dans les féeries Ô mains ô poings Comme des cogneurs de folles tendresses Mais que tu m'aimes et si tu m'aimes S'exhalera le froid natal de mes poumons Le sang tournera Ô grand cirque Je sais que tout mon amour Sera retourné comme un jardin détruit Qu'importe je serai toujours si je suis seul Cet homme de lisière à bramer ton nom Eperdument malheureux parmi les pluies de trèfles Mon amour ô ma plainte De merle-chat dans la nuit buissonneuse Ô fou feu froid de la neige Beau sexe léger ô ma neige Mon amour d'éclairs lapidée Morte Dans le froid des plus lointaines flammes Puis les années m'emportent sens dessus- dessous Je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau Des voix murmurent les récits de ton domaine A part moi je me parle Que vais-je devenir dans ma force fracassée Ma force noire du bout de mes montagnes Pour te voir à jamais je déporte mon regard Je me tiens aux écoutes des sirènes Dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques Et parmi ces bouts de temps qui halètent Me voici de nouveau campé dans ta légende Tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges Les chevaux de bois de tes rires Tes yeux de paille et d'or Seront toujours au fond de mon cœur Et lis traverseront les siècles Je marche à toi, je titube à toi, je meurs e toi Lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme Je marche à toi, je titube à toi, je bois A la gourde vide du sang de la vie A ces pas semés dans les rues sans nord ni sud A ces taloches de vent sans queue et sans tête Je n'ai plus de visage pour l'amour Je n'ai plus de visage pour rien de rien Parfois je m'assois par pitié de moi J'ouvre mes bras à la croix des sommeils Mon corps est un dernier réseau de tics amoureux Avec mes doigts à la ficelle des souvenirs perdus Je n'attends pas à demain je t'attends Je n'attends pas la fin du monde je t'attends Dégagé de la fausse auréole de ma vie. 


Gaston Miron

mardi 19 juin 2018

si tendre est l’envol







Si tendre est l’envol de l’oiseau  par dessus les chemins de poussière et de vent, de cris d’épines et de ronces, de fureur et de sueur  et rameaux d’olivier.

La vie explose en une joie immense dans le linceul des étoiles, sous une lune claire et ronde, dans un monde de ferveur. Ils sont en quête de douceur, de bonheur et d’évasion, et de baume pour la mémoire  les enfants de la plage.

Dans ces grands ciels de peur et d'ombre, des enfants hagards et libres, au regard pur et au cœur de sucre, croisent des insectes en sarabandes  et seuls ils sont dans la pénombre. Le silence qui avance les enveloppe de quiétude, de plénitude et liberté, et du trésor qu'ils ont trouvé dans les franges de la vague.

Sous le disque cramoisi du soleil, ils avancent. La terre tendre et dorée ouvre ses sillons et semble leur parler. Elle semble leur dire la chaleur et l’affection, la tendresse et le miel, et le lait de l’amande et l’horizon d’or et d’ambre sur les bords du monde    à l’air libre    là-bas, dans le cœur du vent qui éparpille les lettres, les éloignant des mots et des phrases, les empêchant d'écrire ce chant du monde tant espéré.

Et ils tirent et ils grattent, et filent, et attrapent les mots du vent qu’ils lient et posent dans les sillons béants de la terre si lourde et si tendre, si sombre et si flamboyante, espérant que de ces sillages fertiles naisse ce chant de liberté porté par le vent.

Sans rien entre les mains, sans rien à perdre ni à gagner, ils mangent le sable et boivent aux herbes claires. Ils quittent ce monde et vont vers les absents, les autres à assouvir, à aimer, à habiller d’un collier, d’une perle de lune, d’un grain de sel sur les lèvres, et d’une goutte de tendresse    là    au creux de ce vallon si doux    là    à la naissance du cou.