mardi 14 août 2018

constellation 4


Femmes sur la plage
coiffant leurs chevelures
à la lumière des étoiles
femmes blondes  rousses et brunes
femmes couleur d’ambre sous la lune
femmes aux aisselles poudrées d’or
soufflant au loin leurs lingeries fines
comme bulles de savon
°°°…OOO °°° — °°° … °°°°0OOO
… °°° … °°°o0o… 0o0… o0oOOO




FEMMES  SUR  LA  PLAGE   /   Joan Miró





L’été de 68    né du printemps
deux femmes     enfants de mai
courent sur la plage

elles sont libres           cheveux au vent
elles sont belles  seins ronds et insolents

affranchies

elles s’offrent des amants



***

FEMMES

la plage de la page
la page sur la paille
la paille des pavés
des pavés d’Utopie
d’Utopie de 68
68 qui s’en va du chapeau
du chapeau de Miró
Miró à l’index et au doigt plein de noir
noir cosmique trou de science
science et conscience des méditations chromatiques 
chromatiques couleurs des corps des femmes dièses et musiques
musiques des sphères nature culture mimésis écart
écart Écarte-toi de mon soleil !
soleil spectacle seins chevelures noces
femmes sur la plage 


Jean-Jacques Dorio  ICI


***



FEMMES  SUR  LA  PLAGE



Le sable dit au liège : Comme le lit de sa plus belle nuit je moule ses formes qui suspendent en leur centre la navette de la mer. Je la flatte comme un chat, à  la démembrer vers tous ses pôles. Je la tourne vers l’ambre, d’où fusent en tous sens les Broadways électriques. Je la prends comme la balle au bond, je l’étends sur un fil, j’évapore jusqu’à la dernière bulle ses lingeries et, de ses membres jetés, je lui fais faire la roue de la seule ivresse d’être. » Et le liège dit au sable : « Je suis la palette de son grain, je creuse le même vertige à la caresse. Je  l’abîme et je la sublime,  ainsi les yeux mi-clos jusqu’à l’effigie de la déité immémoriale au long du sillage des pierres levées et je vaux ce que pour son amant, la première fois qu’elle s’abandonne, elle pèse dans ses bras.

 André Breton / Signe ascendant (Poésie/Gallimard ...p.135)




lundi 13 août 2018

constellation 3


 Maître Miró…

… sur son échelle perché… repeignait le ciel de la nuit… guidé par les traces phosphorescentes des escargots qui s’en allaient à l’enterrement d’une feuille morte…

 Sexes de femmes… fleurs qui éclatent… oiseaux flèches s’envolant vers l’infini… trois cheveux et le chiffre neuf accrochés à la corne de la lune…

Au bout de la nuit … en une tache rouge baiser il fit naître le soleil… qui sourit de son œil aux femmes lascives de Gaugin… 



PERSONNAGES DANS LA NUIT
GUIDÉS PAR LES TRACES PHOSPHORESCENTES
DES ESCARGOTS  /   Joan Miró




Un et deux personnages
dans une nuit constellée
éclairée
par la trace de nacre
d'un escargot   deux escargots
tout chauds

Une souris verte
qui se noie dans l'herbe
Et mes yeux grands ouverts
sur les rêves de Miró


***



DES ESCARGOTS

Des escargots illuminés par le round midnight de maître 
Monk Maître Monk dans la mémoire d’un piano que guident deux colombes dans la nuit 
Deux colombes dans la nuit et la danse de leurs ailes 
Leurs ailes déchirées par le doux assassin de la peinture académique 
La peinture académique qui ne connaît pas l’électricité 
L’électricité juste des vagues et des brins d’herbe sous la lune 
La lune blanche découpée comme un quartier de mandarine 
Mandarine mandarin Quoi qu’a dit A dit rin 
Rin et Nada 
Nada qui nage dans la tête 
Ce bien beau pays où logent 
Ces personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots 
De maître Joan Miró

Jean-Jacques Dorio  ICI


***


PERSONNAGES DANS LA NUIT GUIDÉS PAR LES TRACES PHOSPHORESCENTES DES ESCARGOTS

Rares sont ceux qui ont éprouvé le besoin d’une aide semblable en plein jour, - ce plein jour où le commun des mortels a l’aimable présentation de voir clair. Ils s’appellent Gérard, Xavier, Arthur… ceux qui ont su qu’au regard de ce qui serait à atteindre les chemins tracés, si fiers de leurs poteaux indicateurs et ne laissant rien à désirer sous le rapport du bien tangible appui du pied, ne mènent strictement nulle part. Je dis que les autres, qui se flattent d’avoir les yeux grands ouverts, sont à leur insu perdus dans un bois. A l’éveil, le tout serait de refuser à la fallacieuse clarté le sacrifice de cette lueur de labradorite qui nous dérobe trop vite et si vainement les prémonitions et les incitations du rêve de la nuit quand elle est tout ce que nous avons en propre pour nous diriger sans coup férir dans le dédale de la rue.

 André Breton / Signe ascendant (Poésie/Gallimard ...p.133)