jeudi 19 mai 2022

le cœur en vrac


 
 
 
 
 
     Combat des images 
     le froid gèle les mots 
     pelure fragile des os 
     le reste est naufrage 
 
     Cri strident de l’oiseau 
     brûlure des jours heureux 
     soleil aux yeux fiévreux 
     supplication des eaux 
 
     Ne rien savoir des jeux d’enfants 
     mots dérisoires rien d’inquiétant 
 
     suivre la route aux quatre chansons 
     le cœur en vrac      mots polissons 
 
 
 
 
 

mercredi 18 mai 2022

mardi 17 mai 2022

instant de tous les possibles


 
 
 
 
 
"Un balcon sur la mer" immense et inconnue. Cœur esseulé. Instant de tous les possibles. Le ressac et son tumulte. Sur la rive un champ d’écume. Les baisers ronds d’une ligne blanche. 
 
Fleurs sans âge échouées sur le sable. La joie est leur souffrance. Leur vie est un tourment, une corde raide. Petits cailloux alignés sur l’arête du monde. De sa main lisse le vent lustre le sable. 
 
Traces du passé, géoglyphes antiques, ciselures dans le sable, revers de la médaille. La vie sort de l’eau, sirène des hauts fonds à la beauté précaire. Le monde résumé à peu de chose. La peur de l’ange, le doute certain. 
 
Retournement sur le rivage. La vie croque le fruit d’or à pleines dents. Une morsure dans la chair tendre, premier voyage d’une meurtrissure. La mort est sûre. Les yeux sont clos, le cœur cogne à la porte du ciel. 
 
Sur la dune qui avance les voix s’éloignent. Les mots sont doux, pétris de renouveau. Une voix monte, effleure les flots. Une voix de "romance sans paroles", un écho : 
 
 
« Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches 
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous. 
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches 
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux »*
 
 
"Balcon sur la mer" immense et retrouvée. Cœur apaisé. Cœur parfumé.
 
 
 
 
 *Verlaine
 
 
 
 

lundi 16 mai 2022

duos


 
   
 
    
 
 
 
 
 

dimanche 15 mai 2022

éblouissement


 

 
 
 
Eau salée de la mer rouge 
majestueuse clarté des rives 
 
un doigt posé sur le rivage 
ferveur venue d’un autre âge 
instants de grâce au firmament 
 
éblouissement 
 
corps en apesanteur 
plus soutenu par l’air 
qu’un souffle dans le ciel 
 
le temps respire le pied au sol 
la porte du jour ouvre à la vie 
 
au début la dernière page 
un accomplissement en bout de ligne 
ni regrets ni remords ni repentir 
 
yeux éclairés et cœur en paix 
 
le jour s’en va la vie est lente 
et l’espérance si captivante 
 
 
 
 
 

samedi 14 mai 2022

partage


 
Photos familles noir & blanc ©Fotolia - effe64 -  prise ICI

 
 
« Il m'avait montré des photos de lui enfant, frêle et bouclé, d'adolescent renfrogné sous des cheveux longs. Je n'avais aucune gêne à lui montrer les miennes de petite fille et d'adolescente. Pour l'un et l'autre, c'était loin. Je m'étais davantage forcée pour ressortir des photos de mes vingt, vingt-cinq ans, choisissant la plus jolie par vanité, tout en sachant que ce serait justement celle-là qui rendait plus cruelle la comparaison avec mon visage d'aujourd'hui, plus émacié et plus dur. C'était une autre fille qu'il voyait, dont la réalité, cherchée dans la femme actuelle, lui échapperait toujours. Le désir que lui inspirait cette fille au visage sans rides, aux cheveux en long rideau brun, cette fille qu'il ne verrait jamais, ce désir-là était sans issue. Comme l'avait traduit implicitement sa réaction spontanée, "cette photo-là, elle me fait de la tristesse" ».

Annie Ernaux / Le jeune homme / Gallimard... p.34-35
 
 
 
 
 

vendredi 13 mai 2022

dix haïkus approximatifs


 
 
 
 
Saison dévastée
ni l’herbe ni les oiseaux
gobent le soleil
 
 
 
 
 
 
 
 
Le ciel éraflé
il souffre en silence
son œil écorché
 
 
 
 
 
 
 
 
Avenir porté
les erreurs sous les branches
fleurs de vérité
 
 
 
 
 
 
 
 
Ombres en marche
mystère et tragédie
d’un royaume perdu
 
 
 
 
 
 
 
 
Une grande peur
va de branche en branche
éclat de rire
 
 
 
 
 
 
 
 
Cœur étincelant 
d’une image joyeuse
tout recommence
 
 
 
 
 
 
 
 
Un regard d’espoir
pont franchi grille trouvée
le cœur soulagé
 
 
 
 
 
 
 
 
Herbes absentes
le désert décomposé
oiseaux revenus
 
 
 
 
 
 
 
 
Sommeil achevé 
la clé est sur la porte
et ouvre le temps
 
 
 
 
 
 
 
 
La main est ferme
dans sa paume offerte
les clés du royaume