lundi 30 mai 2016

les mots


Ce week end au Festival du Mot de La Charité sur Loire
entre autres instants de grâce, de plénitude et de solitude
le talent de Vincent Roca
le savoir de Claude Hagège
la Loire et son courant
et le bonheur, la joie des planches de Sempé







une grande émotion




***


Babx / Cristal automatique ... une belle découverte

.



" Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, 
Des divans profonds comme des tombeaux, 
Et d'étranges fleurs sur des étagères, 
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux. 

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières, 
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux, 
Qui réfléchiront leurs doubles lumières 
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. 

Un soir fait de rose et de bleu mystique, 
Nous échangerons un éclair unique, 
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ; 

 Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes, 
Viendra ranimer, fidèle et joyeux, 
Les miroirs ternis et les flammes mortes. "

Charles Baudelaire  
(la mort des amants)










" Tu as les yeux pers des champs de rosées tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière la douceur du fond des brises au mois de mai dans les accompagnements de ma vie en friche avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir la tête en bas comme un bison dans son destin la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou pour la conjuration de mes manitous maléfiques moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent pour la réverbération de ta mort lointaine avec cette tache errante de chevreuil que tu as tu viendras tout ensoleillée d'existence la bouche envahie par la fraîcheur des herbes le corps mûri par les jardins oubliés où tes seins sont devenus des envoûtements tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras où tu changes comme les saisons je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine à bout de misères et à bout de démesures je veux te faire aimer la vie notre vie t'aimer fou de racines à feuilles et grave de jour en jour à travers nuits et gués de moellons nos vertus silencieuses je finirai bien par te rencontrer quelque part bon dieu! et contre tout ce qui me rend absent et douloureux par le mince regard qui me reste au fond du froid j'affirme ô mon amour que tu existes je corrige notre vie nous n'irons plus mourir de langueur à des milles de distance dans nos rêves bourrasques des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres les épaules baignées de vols de mouettes non j'irai te chercher nous vivrons sur la terre la détresse n'est pas incurable qui fait de moi une épave de dérision, un ballon d'indécence un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions profondes frappe l'air et le feu de mes soifs coule-moi dans tes mains de ciel de soie la tête la première pour ne plus revenir si ce n'est pour remonter debout à ton flanc nouveau venu de l'amour du monde constelle-moi de ton corps de voie lactée même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon une sorte de marais, une espèce de rage noire si je fus cabotin, concasseur de désespoir j'ai quand même idée farouche de t'aimer pour ta pureté de t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue dans les giboulées d'étoiles de mon ciel l'éclair s'épanouit dans ma chair je passe les poings durs au vent j'ai un cœur de mille chevaux-vapeur j'ai un cœur comme la flamme d'une chandelle toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas la nuit de saule dans tes cheveux un visage enneigé de hasards et de fruits un regard entretenu de sources cachées et mille chants d'insectes dans tes veines et mille pluies de pétales dans tes caresses tu es mon amour ma clameur mon bramement tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers ma danse carrée des quatre coins d'horizon le rouet des écheveaux de mon espoir tu es ma réconciliation batailleuse mon murmure de jours à mes cils d'abeille mon eau bleue de fenêtre dans les hauts vols de buildings mon amour de fontaines de haies de ronds-points de fleurs tu es ma chance ouverte et mon encerclement à cause de toi mon courage est un sapin toujours vert et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme tu es belle de tout l'avenir épargné d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre ouvre-moi tes bras que j'entre au port et mon corps d'amoureux viendra rouler sur les talus du mont Royal orignal, quand tu brames orignal coule-moi dans ta plainte osseuse fais-moi passer tout cabré tout empanaché dans ton appel et ta détermination Montréal est grand comme un désordre universel tu es assise quelque part avec l'ombre et ton cœur ton regard vient luire sur le sommeil des colombes fille dont le visage est ma route aux réverbères quand je plonge dans les nuits de sources si jamais je te rencontre fille après les femmes de la soif glacée je pleurerai te consolerai de tes jours sans pluies et sans quenouilles des circonstances de l'amour dénoué j'allumerai chez toi les phares de la douceur nous nous reposerons dans la lumière de toutes les mers en fleurs de manne puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang tu seras heureuse fille heureuse d'être la femme que tu es dans mes bras le monde entier sera changé en toi et moi la marche à l'amour s'ébruite en un voilier de pas voletant par les lacs de portage mes absolus poings ah violence de délices et d'aval j'aime que j'aime que tu t'avances ma ravie frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube par ce temps profus d'épilobes en beauté sur ces grèves où l'été pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée et qu'en tangage de moisson ourlée de brises je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale je roule en toi tous les saguenays d'eau noire de ma vie je fais naître en toi les frénésies de frayères au fond du cœur d'outaouais puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge terre meuble de l'amour ton corps se soulève en tiges pêle-mêle je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi avec la rumeur de mon âme dans tous les coins je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang haletant harcelé de néant et dynamité de petites apocalypses les deux mains dans les furies dans les féeries ô mains ô poings comme des cogneurs de folles tendresses mais que tu m'aimes et si tu m'aimes s'exhalera le froid natal de mes poumons le sang tournera ô grand cirque je sais que tout mon amour sera retourné comme un jardin détruit qu'importe je serai toujours si je suis seul cet homme de lisière à bramer ton nom éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles mon amour ô ma plainte de merle-chat dans la nuit buissonneuse ô fou feu froid de la neige beau sexe léger ô ma neige mon amour d'éclairs lapidée morte dans le froid des plus lointaines flammes puis les années m'emportent sens dessus dessous je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau des voix murmurent les récits de ton domaine à part moi je me parle que vais-je devenir dans ma force fracassée ma force noire du bout de mes montagnes pour te voir à jamais je déporte mon regard je me tiens aux écoutes des sirènes dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques et parmi ces bouts de temps qui halètent me voici de nouveau campé dans ta légende tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges les chevaux de bois de tes rires tes yeux de paille et d'or seront toujours au fond de mon cœur et ils traverseront les siècles je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme je marche à toi, je titube à toi, je bois à la gourde vide du sens de la vie à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud à ces taloches de vent sans queue et sans tête je n'ai plus de visage pour l'amour je n'ai plus de visage pour rien de rien parfois je m'assois par pitié de moi j'ouvre mes bras à la croix des sommeils mon corps est un dernier réseau de tics amoureux avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus je n'attends pas à demain je t'attends je n'attends pas la fin du monde je t'attends dégagé de la fausse auréole de ma vie " 

Gaston Miron (la marche à l'amour)



le concert en entier





05:31 : Arthur Rimbaud - Le Bal des pendus 
09:46 : Charles Baudelaire - La Mort des amants 
16:14 : Jean Genet - Deux extraits du “Condamné à mort” 
24:20 : Arthur Rimbaud - Mes petites amoureuses 
27:58 : Antonin Artaud - La rue 
29:51 : Tom Waits - Watch her disappear 
34:13 : Gaston Miron - La Marche à l'amour 
48:11 : Aimé Césaire - Cristal automatique 
53:18 : Barbara - Septembre


" Le crystal automatique 

allo allo encore une nuit pas la peine de chercher c'est moi l'homme des cavernes il y a les cigales qui étour- dissent leur vie comme leur mort il y a aussi l'eau verte des lagunes même noyé je n'aurai jamais cette couleur- là pour penser à toi j'ai déposé tous mes mots au monts de-piété un fleuve de traineaux de baigneuses dans le courant de la journée blonde comme le pain et l'alcool de tes seins 

allo allo je voudrais etre à l'envers clair de la terre le bout de tes seins à la couleur et le gout de cette terre-la 

allo allo encore une nuit il y a la pluie et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses pieds dans le plat sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois 

 allo allo l'accroissement du cristal c'est toi...c'est toi ô absente dans le vent et baigneuse de lombric quand viendra l'aube c'est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l'émail bougé des îles et dans ma tête c'est toi le maguey éblouissant d'un ressac d'aigles sous le banian  "

Aimé Césaire 


***


et pour clore le Festival
la grâce des danseuses de la compagnie In-Senso
à La Charité sur Loire il n'y a pas la mer, ni les falaises comme à Marseille
mais il y a les remparts et la verticalité de la Tour de Cuffy






2 commentaires:

Arlette A a dit…

Mais c'est très beau tout ça Merci du partage très apprécié

François a dit…

merci pour Gaston Miron