Il sort de la nuit et se noie dans les larmes du jour. Il est fou et s’agite, la fureur le gagne et lui tord la bouche en un cri de démence. Il se cogne la tête au front des aberrances. Il a les doigts en feu et griffe les brûlures de ses grandes espérances, ses traces dans la neige, ses empreintes de sable sur le dos de la plage. Il est seul et se perd dans les bras de l’outrance, cette compagne abusive qui lui lie le cerveau.
Il fait froid et il tremble, sa vie n’est que blessure, une grande plaie ouverte dans la chair du monde. Il souffle et il geint. Il pleure et crie à se rompre l’âme sur l’arrête du ciel. Il se couche sur la pierre et offre son visage à la lumière du monde. La pluie lave ses larmes, son visage s’apaise, sa bouche devient douce et murmure des mots source. La pluie n’en finit pas de panser sa chair meurtrie, de laver sa douleur et nourrir ses racines.
Il soupire et sourit et boit avec sa langue quelques larmes de pluie sur ses lèvres entrouvertes. Il chante et se souvient ses joies d’enfant pas sage, ses courses folles sur les chemins de vent et ses maraudes de sel sur les champs de la mer. Il est enfant énigme, il est unique et seul sur la terre labourée, hersée, ensemencée de la graine d’herbe folle. Il est secret et grand et ronge ses racines qui se perdent dans la vase.
Il laisse derrière lui ses addictions et ses nuits de débauches, ce monde de frayeur et fureur qui lui a bu l’âme et piétiné le cœur. Il cherche dans les brisures de son cœur, quelques paroles de vaillance pour continuer la lutte, s’imposer à la vie et renouer l’existence. Il cherche dans son corps la consistance de l’être, ce qu’il lui reste à faire pour engendrer l’aurore. Une main sur le front il entre en résistance. Il écrit. Il écrit et il crie en silence des mots à l’encre noire sur sa peau en souffrance. Une poésie de l'âme qui lui dicte l’urgence.




3 commentaires:
C'est beau l'espoir même quand on ne la voie pas elle est là dans la lune dans un reflet, dans un rêve dans chaque grain de sable!
Magnifique j'aime beaucoup ton texte salut:)
Entre folie et désir de voir l'aurore entrer en lui, les doigts d'une nuit dont on sent dans ton texte les affres, les combats, le retour de l'âme dans l'urgence de l'être ou du devenir. Autre.
Très beau texte.
Merci à vous deux visiteurs d'un jour.
Vos mots font du bon
pour vous ce cher Verlaine :
"L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table?
Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.
Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.
Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors! L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah! quand refleuriront les roses de septembre!"
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