jeudi 19 décembre 2019

les anges de l'hiver







De leurs doigts de lierre ils serrent les herbes fines 
pour que les jours d’hiver ne prennent point racines 

le brouillard s’installe au cou des femmes maigres 
longues écharpes de laine aux couleurs de vinaigre 

les larmes coulent et roulent sur les joues des petits 
fugaces perles de gel qui brillent dans la nuit 

leurs pieds frottent les étoiles dans un ciel sans nombre 
et leurs rires de cristal éclatent et se dénombrent 

les roses du jardin ouvrent leurs yeux d’agate 
et se penchent discrètes sur un monde de ouate 

la route est rouge du sang qui coule de leurs bouches 
une rivière d’écume   les draps blancs de leurs couches 

leur âme est de cristal et se brise comme le verre 
dans le ciel qui engendre des petits contes d’hiver 

les enfants courent  grattent  déracinent les étoiles 
leurs doigts longs et graciles se glissent sous la toile 

ils remontent le ciel jusqu’aux chambres des anges 
et frappent à la porte rouge et or de l’Archange 

ils se couchent sur la paille de l’étable du ciel 
et s’endorment heureux dans le berceau matriciel



3 commentaires:

Brigetoun a dit…

oui, les enfants

Maïté/Aliénor a dit…

Quel beau poème!
Il y a des accents de Christian Bobin, pour moi qui suis en train d ele relire dans " La nuit du cœur".
Je t'embrasse Maria-D, au nom de tous les enfants de la terre.
Puissent-ils tous s'endormir dans le "berceau matriciel"

mémoire du silence a dit…

@ Brigetoun ...

oui, tout à fait Brigitte.
Merci.




@ Maïté/Aliénor ...

Oh ! Maïté tu m'honores, mais l'écriture de Bobin est .... .... ....

" J'ai huit ans. Je suis assis sur un banc dont les vagues de bois vert s'écaillent. Mon cerveau -comme si la fontanelle ne s'était pas refermée depuis ma naissance- touche le ciel à chaque palpitation. J'ai un livre entre les mains. Un jour quelque chose m'assaille. Une tristesse bien plus âgée que moi pousse son fer dans mon âme. Je n'en connais pas la cause. Elle est comme une visiteuse en robe noire qui me prendrait par la main et m'emmènerait loin chez moi, pressant le pas à chacune de mes questions, sans y répondre. La cour est devenue glacée. Les os de mon crâne se sont soudés. Mon cerveau n'est plus collé au bleu du ciel, je ne ressens ni ne pense plus rien. Je n'imagine pas de fin à cette terreur calme. Le livre que je tiens ouvert ne peut rien pour moi. Ses phrases ressemblent à du petit bois qu'aucun feu ne transfigure. Ma mère qui fait la cuisine à deux mètres de là ne connaît pas mon engloutissement. Du temps passe -ou plutôt ne passe plus. Je dure pour durer, avec l'intuition qu'il ne faut surtout pas appeler à l'aide. Le secours vient de n'être plus espéré : un moineau se pose à mes pieds. Sa gaieté confiante me ranime. Je viens d'apprendre que nous ne sommes jamais abandonnés. La visiteuse endeuillée reviendra de temps en temps. La même révélation suivra chacune de ses venues. La cour d'enfance ne m'est plus accessible. Le banc a disparu. L'esprit ne reste jamais longtemps au même endroit. Il n'y a pas de lieu saint. Tous les pèlerins cheminent vers un décor de théâtre, une mélancolie d'historien. L'esprit aère quelques livres, enneige une abbatiale, éclaire à la bougie une nativité et s'en va plus loin poursuivre sa vie de prime enfance à laquelle ne succède jamais une vie adulte."

Christian Bobin / La nuit du coeur p 197 et 198