jeudi 26 décembre 2019

les simples




Le vent erre comme un voyou, il crie ses sarcasmes à qui il manque le pain et le vin sur la route froide de l’errance. Le mal est fait, le mal s’est imposé, puis il s’est éclipsé, évaporé. Les doigts de l’aube l’ont délié des branches et il s’en est allé vers les abysses de l’air. Le jour déplie ses ailes et habille le monde de sa beauté première. Les feuilles des arbres s’endimanchent et se rient des années de poussière où elles restaient dans l’ombre attendant la lumière. 

Dans le creux de l’arbre mort il y a une perle, un mot de tous les jours que les innocents polissent de leur langue de velours. Une pierre de l’âge, une image, un présage, un fruit mûr, une parole d’écaille dans l’eau de leurs yeux d’enfants sages. Ils émergent de la fange. Le jour pâle s’étire comme l’aile d’un ange qui ne peut pas mourir. 

Les doigts des brindilles brûlent et se racornissent sous les rais du soleil, que seuls les enfants tirent vers le cœur de l’arbre. Ils s’enlacent, ils s’étreignent, ils se baisent les lèvres jusqu’à l’extase, et soufflent la cendre de leurs longues nuits d’absence. 

Ils frappent aux portes du ciel, et réveillent les anges qui bâillent et se rendorment dans leur lit de corail. Ils sont beaux, ils sont tendres et mangent la lune, les étoiles, le monde comme une orange. Ils s’assoient sur le bord de grands lits éphémères, et se lovent sous le voile, chrysalides d’un soir. De leur sang de vermeil ils écrivent leur histoire, leur vie si longue et belle, compliquée et rebelle, mystérieuse qu’ils cachent entre les phrases. Ils en grattent l’écorce et mettent à jour le fruit… juteux et coloré, tout au cœur de l’étrange, au plein milieu d’un lange. 

Ils sont enfants des limbes. Ils sont nés dans une feuille et habitent une nervure tout en bordure de l’arbre. Ils sont enfants d’ailleurs, ils se perdent en eux-mêmes, ils sont au fond d’eux-mêmes, en secret et se coulent dans l’étrange d’un poème de feuille. On les dit en souffrance, solitaires et absents. Ils sont en communion, en intuition profonde du bonheur, de l’espoir, dans la lumière du soir et la grâce du Dieu qui les a mis au monde. 

Leurs mots sont laconiques, elliptiques, en harmonie parfaite avec leurs cœurs si purs où s’écrit en un psaume la poésie de l’âme. Ils marchent en silence, dans leurs mots de hasard et déchirent à pleines dents les ténèbres de l’espoir. Ils avancent, et ils disent avec leurs yeux de l’ombre, avec leurs mains de sable et leurs cœurs en naufrage. Ils sont grands et ouverts, dans cette vérité première, à l’origine du monde.




7 commentaires:

Miche a dit…

Vive les simples !!!
N'a-t-il pas dit ... heureux les simples d'esprit ! :)))

mémoire du silence a dit…

oui, Miche !
ils ne sont ni blasés ni imbus
et ont toujours le coeur et l'esprit ouverts pour accueillir, recevoir et apprendre sans cesse.
;-) :-)

mémoire du silence a dit…

ici petit cadeau

Kaïkan a dit…

Quel bonheur de te lire, Ma Maria ...
Chaque fois que je reviens en tes pages, je me demande comment j'ai pu laisser passer tant de temps sans te lire ...
Ton écriture me vivifie et réveille en moi le goût d'écrire ...
Je t'embrasse tendrement et, tu sais, même si je suis parfois absente des réseaux, tu es là, tout au chaud contre mon coeur, toi et cette chère Ariaga <3

mémoire du silence a dit…

chère Kaïkan ta venue est comme un baume, je te sais proche, il est des rencontres fortes et essentielles qui durent dans le temps. Je sais que tu es là.

Je t'embrasse

Cres a dit…

Bonjour,
je me suis permis de copié l'un de tes textes, j'étais lire sur l'un de tes blogs que j’apprécie...
Bonne fin d'année et merci pour tes partages :)))

https://www.youtube.com/watch?v=tVvqNU_ksrA

mémoire du silence a dit…

;-) merci :-)