jeudi 16 juin 2022

de Obaldia ... un bol d'air


 
LE PLUS BEAU VERS DE LA LANGUE FRANÇAISE

 
 
 
 
 
 
 
« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin » 
Voici, mes zinfints 
Sans en avoir l'air 
Le plus beau vers 
De la langue française.  
 
Ai, eu, ai, in 
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin... 
 
Le poite aurait pu dire 
Tout à son aise : 
« Le geai volumineux picorait des pois fins » 
Eh bien ! non, mes zinfints. 
Le poite qui a du génie 
Jusque dans son délire 
D'une main moite 
A écrit : 
 
« C'était l'heure divine où, sous le ciel gamin, 
LE GEAI GÉLATINEUX GEIGNAIT DANS LE JASMIN. » 
 
Gé, gé, gé, les gé expirent dans le ji. 
Là, le geai est agi 
Par le génie du poite 
Du poite qui s'identifie 
À l'oiseau sorti de son nid 
Sorti de sa ouate. 
 
Quel galop ! 
Quel train dans le soupir ! 
Quel élan souterrain ! 
 
Quand vous serez grinds 
Mes zinfints 
Et que vous aurez une petite amie anglaise 
Vous pourrez murmurer 
À son oreille dénaturée 
Ce vers, le plus beau de la langue française 
Et qui vient tout droit du gallo-romain : 
 
« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin » 
 
 Admirez comme 
voyelles et consonnes sont étroitement liées 
les zunes zappuyant les zuns de leurs zailes. 
Admirez aussi, mes zinfints, 
Ces gé à vif 
Ces gé sans fin 
Tous ces gé zingénus qui sonnent comme un glas : 
Le geai géla... 
« Blaise ! Trois heures de retenue. 
Motif : Tape le rythme avec son soulier froid 
Sur la tête nue de son voisin. 
Me copierez cent fois : 
 
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »
 
 
René de Obaldia / extrait de Innocentines
Anthologie de la poésie française du XXe siècle, 
Poésie/Gallimard... p. 149.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À FORCE CE N’EST PLUS MAMAN 
 
Maman est actrice de cinéma.
Elle est belle comme les images de chocolat
Et l’on voit souvent
Des hommes qui se tuent pour l’embrasser sur les dents !
Mais à force, ce n’est plus maman.
 
À force de la voir
Avec un tas de gens qui ont un tas d’histoires
Avec un tas de gens que je ne connais pas
Et qui ont toujours l’air de l’aimer plus que moi
À force, ce n’est plus maman.
 
Et les soirs qu’elle vient me border
Encore toute peinturlurée
Dans une robe avec des voiles comme un grand navire,
Vite je lui souris et fais semblant de dormir.
 
Alors elle s’envole sur la pointe des pieds
Et je puis tranquillement pleurer
Sous les draps
Pour que le monde entier ne m’entende pas.
 
 
René de Obaldia
 
 
 
 
 

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